Les Templiers…. comme si vous y étiez 5


L’an dernier à la fin des Gendarmes et Voleurs, je me suis dit que j’étais prêt pour m’attaquer aux Templiers, relever le défi de cette course un peu mythique pour les trailers. Je m’étais même fixé un objectif de 13 heures suite aux 9 heures des 58 kms d’Ambazac.

Conscient de la difficulté de la tâche et des 3500 m de dénivelé à affronter, j’ai augmenté la préparation. Je n’ai pas eu de sensations exceptionnelles pendant toute cette préparation, mais elle fait partie intégrante de l’aventure : comme dirait Jean-Mathieu « le chemin fait partie de la messe ! ». Les vacances en Italie m’ont permis de me confronter à de forts dénivelés notamment en descente, moi qui descends avec la légèreté et la souplesse d’un pachyderme !

De retour dans les contrées de Buxeuil et Descartes, le dénivelé était moins fort mais les côtes à répétition sont « un peu » usantes.

Bref la préparation a été longue (700 kms parcourus) parfois fastidieuse avec des levés à 6 heures du matin pour aller courir mais je suis arrivé au pied du mur.

Je n’avais pas de pression particulière, mais la dernière semaine la tension est montée. Et puis nous sommes arrivés à Millau avec les copines et copains qui couraient avant, Véronique qui met plus de 12 heures sur le 63 kms, Jean-Marc et JC qui souffrent sur le 38 km, Vincent sur le 17 km… Tous décrivent un terrain très difficile des descentes très techniques (moi qui n’aime pas ça) et la pression ne fait que monter. Désolé pour tous ceux qui étaient au gîte, je n’ai pas été un compagnon de séjour très loquace (mais promis Thierry, on va la faire cette partie de tarot jusqu’à pas d’heure !).

Dernière soirée, tout le monde a fini de courir sauf moi. Je vais me coucher, « bercé » par les commentaires des joueurs de belote. Je vais à peine fermer l’œil de la nuit. Des nuits difficiles d’avant course, j’en ai connu mais celle-là est « championne du monde » !

A 3 h 45, c’est l’heure du lever, j’allais dire du condamné mais personne ne m’a forcé à être là. Ca y est, je commence à entrer dans la course et je suis plus positif dans la tête. Manou m’emmène, c’est bien de ne pas partir tout seul. Je ne suis pas causant mais sa présence me réconforte.

Arrivé à Millau, Manou me laisse pour aller garer la voiture. Les rituels habituels se mettent en place avec les « pauses techniques » obligatoires et puis c’est l’heure, cette fois ci c’est parti. Une dernière tape dans les mains avec Manou, juste après le départ me donne un dernier coup de peps. Heureusement que je ne sais pas encore que je pars pour 16 heures car la montagne me semblerait sûrement trop haute.

La première heure est calme, avec une traversée de village où des gens sont déjà debout à 6 h 15 pour nous encourager. On attaque le premier « mur » de la journée, des bouchons se forment qui ralentissent un peu la progression. Arrivé en haut, je suis conscient qu’il va falloir se battre toute la journée avec la barrière horaire : 1 heure et seulement 5,0 km parcouru ! L’heure suivante va être plus roulante avec de belles allées forestières et on peut enfin courir. Je reprends de l’avance sur la barrière horaire et j’attaque la 1ère descente. Cette descente est longue, assez technique mais ça se passe pas mal. On croise un vol de vautours en descendant. Arrivé en bas à Puyreleau, je reçois les premiers encouragements des amis de Panzoult notamment Olivier et Jean-Pierre. C’est marrant d’entendre crier : « allez la Louère » aux Templiers.

Tout va bien, j’ai 25’ d’avance sur la barrière horaire, la température est correcte et il ne pleut pas. Tout de suite on attaque une nouvelle côte « sympathique ». Je me rends compte que je vais passer plus de temps à marcher qu’à courir. Ces côtes sont usantes mais je ne me pose pas de question je me cale dans le « gruppetto » et je suis. Arrivé en haut on peut à nouveau courir mais je n’ai repris que 5’ de rab supplémentaire sur la barrière horaire quand j’arrive au 2ème ravitaillement. Les supporters de Panzoult sont toujours là. A nouveau pour moi, c’est soupe et pain plus St Yorre. Les supporters d’ACDC ne se sont pas encore manifestés mais ça ne veut pas tarder. A la fin d’une belle descente roulante, ils sont là et font beaucoup de bruit. C’est un gros remontant pour le moral.

A ce moment-là de la course, je ne suis pas spécialement confiant. Les jambes commencent à durcir et je ne pense qu’à gérer la barrière horaire. En même temps, ça donne des objectifs à court terme et ça évite de cogiter sur l’objectif lointain de fin de course. Un proverbe africain dit : «  Si tu veux manger un éléphant, il vaut mieux le découper en petits morceaux ! ».

Lors d’une nouvelle ascension, il me semble entendre des « Allez Daniel » raisonner dans la montagne, ce n’est pas des hallucinations les supportrices et supporters (remontés par l’apéro) sont à fond. Surtout ne pas les décevoir.

Dans cette montée, je rejoins Christophe et les cavaleurs du Clain. Je vais faire une partie du parcours restant avec eux et Christophe est un très bon meneur d’allure. Les supporters sont à nouveau là au ravitaillement d’eau. La descente a été longue et les cuisses durcissent, durcissent….

Et à nouveau une ascension pour atteindre le nouveau ravitaillement et la nouvelle barrière horaire.

J’atteins ce point de contrôle avec toujours 30’ d’avance sur la barrière horaire, la marge est faible.

A nouveau, soupe et pain plus remplissage de la réserve d’eau, et les supporters sont toujours là. Nous en sommes déjà à 48 kms et 8 h 15’ de course. Je croise Jimmy de l’Ile Bouchard qui me semble aussi fatigué. Je ne suis pas le seul atteint physiquement.

La suite est difficile avec des passages techniques. Je sens que mon short est mouillé et j’ai le cul trempé: incontinence précoce, transpiration… et non c’est les soudures de ma poche à eau qui ont pété ! Tout le monde est focalisé sur la dernière barrière horaire. Normalement ça passe, il faut gérer le temps et l’eau. Je regarde souvent mes pieds quand je courre, ça m’évite de regarder en bas, les Causses c’est beau mais quand tu es sujet au vertige c’est moins fun !

Arrive la dernière descente avant la barrière horaire, ça bouchonne mais j’ai du mal à accrocher le wagon, les cuisses commencent à me bruler. Je surveille le GPS et oh surprise la barrière horaire n’est pas au kilométrage indiqué sur le roadbook mais 800 m plus loin. Ça devient chaud. Lilas est venue me chercher et on va courir plus de 500 m ensemble (avec Jeanne également). Ça va être bon et je passe cette dernière barrière horaire à Massebiau avec …. 2’ d’avance !

J’ai déjà battu mon record en kilométrage et déjà 12 h 15’ que je suis parti. La poche d’eau percée est remplacée par une bouteille plastique, les derniers encouragements des fidèles supporters et c’est parti pour le final, libéré des barrières horaires mais conscient que la suite ne va pas être simple. La tête est désormais fixée sur l’objectif final et normalement ça doit passer.

L’ascension pour aller à la Cade pour le dernier ravito est très longue, difficile mais il ne faut pas lâcher, simplement se focaliser sur celui qui est devant et suivre, suivre….

En haut il faut remettre la frontale, logiquement cette dernière partie devrait prendre 2 h 30’ à 3 heures et je vais mettre 4 heures pour la faire. Le ravito est le bienvenu, toujours soupe et pain (et tu as raison Véro, les crêpes sont bonnes !). Je repars, il fait plus froid, désormais je marche même sur des parties plus plates mais avec la fatigue j’ai peur de me prendre des racines et de m’étaler. Je vais vivre le moment le plus pénible de la course avec une descente glissante où je m’accroche aux branches et aux arbres pour ne pas tomber. Je vais pourtant me retrouver plusieurs fois sur les fesses. Puis c’est un passage au bord de la Causse, heureusement que je ne vois pas le vide en dessous. Puis c’est la dernière montée, à 4 pattes parfois ou accroché aux racines pour grimper. J’ai soif, très soif mais il ne faut surtout pas lâcher celui qui est devant sinon le moral va prendre un gros coup. Et puis c’est enfin le sommet, le téléphone sonne, désolé Alain je serai plus bavard un peu plus tard. Enfin la dernière descente, à nouveau glissades, branches, arbres et cordes comme ligne de survie. Le temps me parait interminable, mais sauf accident je vais aller au bout.

Enfin l’arrivée est proche, les supporters sont toujours là. Jeanne et Lilas m’accompagnent pour le final, nous courrons les derniers 10 m avec la haie d’honneur des vainqueurs du jour (6 h 45’ – 7 h 00 sur un tel parcours : des extra-terrestres !).

Je l’ai fait ! Pourquoi, pour qui ? Mystère, mais je l’ai fait. Je sais désormais que l’UTMB ou la Diagonale du Fou ce n’est pas pour moi !

Merci à tous ceux qui m’ont accompagné avant et pendant la course et m’ont encouragé. Vous ne pouvez pas savoir le bien que ça fait au moral !

Un merci spécial à Jeanne et Lilas et une dédicace spéciale à Manou pour m’avoir supporté (dans tous les sens du terme) pendant toute la préparation, toute la course et … après la course.


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5 thoughts on “Les Templiers…. comme si vous y étiez

  • Jean-Marc WASSELET

    Merci pour ce beau témoignage qui nous rappelle combien il faut travailler sur soi même, se préparer à ce que l’on ne connait pas encore afin de savourer le résultat car même si tout cela est encore chaud et douloureux dans le corps comme dans la tête, on ne peut en sortir que plus humble mais grandi.
    Encore un temps de digestion et les envies de nouveaux défis, de nouveaux terrains de jeux ne manqueront pas de se manifester …

  • Vincent Buisson

    Bravo encore pour ce bel exploit, je suis admiratif de ton mental. Sans aucune comparaison et malgré mais petits problèmes de dosage de « patator » (visiblement je suis meilleur pour le 2 temps), j’ai pris du plaisir à courir dans ce beau panorama et à passer du temps avec la fine équipe des ACDCIENS.